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Changarines : transformer le présent, garantir le futur

La coopérative Changarines, chargée de la manutention des marchandises qui entrent et sortent des halles de Cordoue, en Argentine, est devenue la plus importante entreprise du marché des fruits et légumes. Elle dispose de sa propre école, construit ses propres chariots et possède un fonds d'assistance pour ses membres malades.

2 novembre 2016

Le dictionnaire de l’Académie espagnole définit le mot « changa » comme « une occupation éphémère portant généralement sur de très petites tâches ». Toutefois, et par chance, il existe généralement des expériences qui démontrent que les dictionnaires se trompent souvent.

La coopérative Abasto de Cordoue en est un bel exemple : elle est passée d’une structure totalement informelle et éphémère à une forme collective formelle du travail. Cette coopérative est née et a grandi sur le marché des fruits et légumes de la capitale cordouane, un lieu qui a toujours été le bercail du travail informel et précaire.

La tâche quotidienne des Changarins est de charger et de décharger les marchandises qui entrent et sortent du marché. La plupart des travailleurs qui composent aujourd’hui la coopérative faisaient précédemment partie de deux entreprises qui, sous une étiquette coopérative, ne faisaient qu’accentuer des conditions indignes de travail. C’est ainsi que, fatigués d’être mis à l’écart et d’être exploités, dix Changarins ont décidé de constituer une coopérative de travail associé pour changer cette situation, assumer leur emploi, avec la possibilité d’avoir leur propre œuvre sociale et de disposer d’une assurance qui les couvre en cas d’accident de travail.

« En 2004, beaucoup d’entre nous occupaient un emploi précaire, au noir et sans protection médicale. C’est pour cette raison que nous nous sommes rassemblés, pour mettre fin à cette exploitation » rappelle Orlando Colatto, l’ancien trésorier de la coopérative et actuellement Président de l’Institut pour le Financement des coopératives de travail associé de la province (IFICOTRA). « Par le biais de notre organisation en coopérative, nous avons pu comprendre ce qu’était l’économie sociale ; cela nous a ouvert l’esprit et nous a montré la direction que nous voulions suivre » ajoute-t-il. Aujourd’hui Abasto se dresse comme un bastion de la lutte contre le travail au noir et contre l’exploitation.

Le temps de l’organisation

Autre point très important à prendre en compte : un fonds solidaire a été créé qui intervient sur la base d’un certificat médical pour la famille d’un Changarín malade. Ce fonds accorde en outre des prêts pour la création de micro entreprises familiales ou pour apporter des améliorations à leurs logements. « Améliorer notre qualité de la vie a été un des objectifs pour lesquels nous nous sommes organisés. Il s’agit d’une lutte contre l’individualisme ».

Il y a un peu plus de cinq ans, une salle de classe a été ouverte sur le marché qui a fait de lui le seul marché du pays à compter en son sein un centre éducatif secondaire à mi-temps pour adultes. « L’éducation a changé notre vie. La qualification et la connaissance sont comme la lumière, plus tu avances et plus tu vois. Cette année nous nous consacrons au recouvrement des droits pour que les partenaires découvre ce qu’est un travailleur autonome ». La salle de classe est totalement équipée d’ordinateurs et de matériel pour le suivi des cours auxquels assistent entre 50 et 70 travailleurs adultes.

C’est dans ce sens qu’IFICOTRA travaille avec l’Institut national des associations et de l’Économie sociale (INAES) pour que sur tous les marchés d’approvisionnement du pays, les Changarins sortent du caractère informel pour former des coopératives de travail. De la même manière, la lutte se poursuit pour obtenir la reconnaissance de l’âge de la retraite à 55 ans, étant donné le risque et la précarité qu’implique le travail sur le marché, et pour la constitution d’un réseau puissant. « Transformer le travail informel en travail associé est pour nous une transformation révolutionnaire ».

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