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La Diaria, une décennie de presse coopérative en Uruguay

Au mois de mars, La Diaria aura dix ans. Né de l'idée d’éditer un quotidien de gauche indépendant du pouvoir politique, le journal est vendu à un bas prix et par abonnement pour éviter l'intermédiaire des kiosques (en Uruguay ils prélèvent habituellement près de la moitié du prix du journal) et compte aujourd’hui 50 travailleurs-membres travaillant à la rédaction, à l'administration et à la distribution.

2 mars 2016

Lorsqu’il est sorti en 2006, avec un peu plus d’un millier d’abonnés, un genre de société par actions avait été mis en place qui permettait aux travailleurs de contrôler l’entreprise mais certaines de ses actions furent vendues à des étrangers enthousiasmés par le projet. Bien que la possibilité de se constituer sous la forme coopérative fût envisagée dès le début ils n’ont réussi à le faire que récemment, vers le milieu de 2010, convaincus que ce type de relation de travail était possible et souhaitable.

Un regard différent

Selon PabloTate, l’actuel président de la coopérative, l’idée est de n’obliger personne à adhérer à la coopérative mais d’expliquer que lorsque l’on y entre on peut, après un certain temps, être invités à en faire partie. « Les gens s’impliquent selon leur désir et finissent souvent par se joindre à la coopérative » dit-il.

La presse écrite traverse une période de crise mondiale à mesure que se développent les portails digitaux et la communication via Internet. Cette réalité, associée à la taille de l’Uruguay qui implique un très petit marché, met à l’épreuve la coopérative qui vit différentes difficultés économiques. « L’année dernière nous avons passé des moments assez difficiles, des combats contre ce qu’implique l’existence de ces nouveaux médias. Nous avons essayé d’ajouter une distribution dans les kiosques mais cela n’a pas marché. Nous avons dû réduire le nombre des postes de travail et licencier certaines personnes. Nous l’avons fait parce que nous devions continuer d’avancer. Ce genre de décision est difficile à prendre pour une coopérative ».

Tate explique qu’une partie des revenus du journal vient de la vente de publicité et que le pari fait d’être indépendants réduit leurs possibilités dans ce domaine. « Nous avons nos propres règles et l’une de celles-ci gère les marques et les entreprises. Nous n’aidons pas les marques à lancer de nouveaux produits. Nous essayons de tenir une ligne éditoriale qui nous est propre et qui tient compte des problèmes de la société qui nous intéressent. Droits de l’homme, les questions de genre, les gens qui ne sont pas entendus, etc.

La Diaria compte aujourd’hui plus de 8000 abonnés et est l’un des 4 journaux les plus diffusés dans le pays. En outre, la coopérative a lancé il y a quelques années, le mensuel “Lento” et fait partie du projet de télévision Giro qui a remporté un appel d’offres pour l’ouverture d’un signal pour une télévision numérique dans le cadre de la nouvelle loi sur les services audiovisuels approuvée en 2014.

Tate est optimiste pour l’avenir de La Diaria. « Jusqu’à présent, nous avons survécu. Nous pensons que le support papier continuera d’exister au-delà de ce que nous vivons aujourd’hui. Mais nous pensons à d’autres formats. Nous avons aménagé notre site web pour qu’il ait d’autres contenus multimédias. Nous nous sommes également aventurés dans la rédaction de contenus pour les institutions de l’État, des ONG et des universités. Nous avons aussi fantasmé sur la possibilité d’animer une radio ».

Le 20 mars La Diaria aura 10 ans. Une étape importante pour un média indépendant autogéré par ses travailleurs dans un pays historiquement dominé par les médias liés à des partis politiques et à de grands groupes. « Avoir un média indépendant autogéré en Uruguay est presque unique. Parce que les médias reflètent dans leurs contenus les opinions de leurs propres propriétaires. Malgré les difficultés, nous jouissons de la liberté de ne n’avoir de comptes à rendre à personne ».

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