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« Subiendo al Sur » la coopérative espagnole emblématique d'immigrants qui cherche à surmonter la crise

S'il est bien une coopérative emblématique des immigrants en Espagne, c’est sans conteste le restaurant, magasin, service-traiteur de Madrid, Subiendo al Sur, vieux de plus de 25 ans et qui s’est constamment renouvelé et adapté aux circonstances, y compris à la crise.

29 février 2016

Mariana Vilnitzky, COCETA

La coopérative est emblématique parce qu’elle est née comme entreprise d’aide en tous sens. Elle a été créée en 1997 par des immigrants qui avaient l’intention d’envoyer de l’argent dans les pays du Sud, principalement d’Amérique latine en vendant des produits issus du commerce équitable et durable.

La coopérative de travail associé a bénéficié depuis sa création de liens étroits avec les mouvements sociaux. Constituée principalement par des immigrants péruviens, elle a vu le jour avec le soutien des ONG du secteur du commerce équitable. Fran Darfour Díaz, le directeur péruvien et promoteur de la société, a la culture coopérative inscrite dans son ADN. Il a été élevé dans le système unique Inca dans lequel les « Minkas » - ainsi nommées - sont un genre de coopératives qui fonctionnent sur une base communautaire entre voisins.

Aujourd’hui l’entreprise compte quatre worker-membres et deux employés récemment embauchés qui, selon Fran, deviendront membres si tout le monde s’accorde pour reconnaître qu’ils ont une bonne relation avec le reste de la coopérative.

Le commerce équitable est l’outil principal de Subiendo al Sur. Ils vendent des produits du commerce équitable dans le magasin et les utilisent dans le service traiteur et dans le restaurant. Fran rêvait de créer une coopérative d’importation mais la crise a rendu cela momentanément impossible.

« La chose la plus importante pour toute coopérative c’est l’équité », a déclaré Fran il y a quelques années dans le cadre d’une interview accordée à Empresa Trabajo.coop, un journal publié par la Confédération espagnole des coopératives de travail associé, COCETA. Son rêve était que d’autres personnes puissent prendre sa relève et que le poste de directeur puisse être exercé à tour de rôle parmi les membres. « Tout peut changer et j’espère qu’une autre personne pourra gérer la coopérative. Nous voulons former des gens pour que cela soit possible », avait-il dit à l’époque.

Mais la crise a été plus forte que ce qu’il pensait. De nombreux événements auxquels la coopérative fournissait des services étaient organisés par des ONG ou des institutions qui n’avaient plus d’argent à consacrer à la restauration. Un problème supplémentaire est venu que la plupart des immigrants qui se trouvaient à l’origine dans la coopérative sont retournés dans leur pays. Néanmoins, Fran est toujours satisfait « Nous sommes heureux d’avoir réussi à survivre », dit-il aujourd’hui. « Nous sommes ici à nous battre malgré tout ».

Les immigrants qui quittent l’Espagne

Subiendo al Sur est une survivante parmi les nombreuses autres coopératives de travail associé créées par des immigrants. Ainsi à Valence avant la crise la Federación Valenciana de Cooperativas de Trabajo Asociado (FEVECTA) avait conclu un accord avec une association d’immigrants pour les aider à créer des coopératives. Des 17 coopératives créées par cet accord seules quatre sont encore en vie et actives aujourd’hui.

Pour les immigrants, la situation économique défavorable est une autre incitation à retourner dans leur pays parce qu’en Espagne ils doivent faire face au problème du déracinement et aux inconvénients de l’adaptation à une culture différente.
La crise a amené de nombreux immigrants à quitter l’Espagne comme l’indique le magazine Alternativas Económicas  : 231 000 ressortissants étrangers ont quitté l’Espagne entre 2012 et 2014.

Outre les difficultés économiques rencontrées par les coopératives, un autre élément qui a eu un impact sur leur vie et a conduit de nombreux immigrants à sentir qu’ils étaient « invités » à quitter le pays, fut la mise en œuvre 2012 du Real Decreto Ley, mené par le Parti Populaire et qui dénie aux immigrants l’accès aux services de santé. Si un immigrant vivant aujourd’hui en Espagne souhaitait réunir sa famille, par exemple en faisant venir ses parents en Espagne, ceux-ci n’auraient pas accès aux soins de la santé publique et seraient également détournés du secteur privé parce que les compagnies d’assurance maladie refusent de couvrir les personnes âgées.

Même si certaines coopératives continuent à survivre comme c’est le cas de Subiendo al Sur, si la rémunération n’est pas suffisante les immigrants sentent qu’ils n’ont pas de racines en Espagne, qu’ils ne peuvent pas y faire venir leurs proches et, finalement, ils ont le sentiment que la meilleure chose à faire pour eux est de rentrer à la maison.

PHOTO : Chuz Blázquez

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